LA PEINTURE ARGENTINE DANS LE PROCESSUS DE L’INDEPENDANCE ARGENTINE

TRACES VISUELLES ET REPRESENTATIONS
Art et identité nationale. Les oeuvres d’art majeures de l’Argentine indépendante. Un voyage rétrospectif.

Conférence à la Maison de l'Amérique latine 75007 Paris

avec Nora Iniesta, Ricardo Mosner et Jean-François Dray

Cette conférence a été donnée dans le cadre du 9 e cycle de conférences consacré au bicentenaire de l'indépendance de l'Argentine. Dans sa programmation de 2010, l'Observatoire de l'Argentine contemporaine a retenu le thème de cette séance consacrée à la peinture en Argentine.

C'est la deuxième occasion qui m'est offerte de travailler sur la peinture argentine, la première fois, c'était à l'occasion du troisième cycle en 2003 avec la réalisation de l'exposition et du catalogue de 36 peintres argentins au salon Clémenceau du Sénat, inaugurée par la sénatrice Cristina Fernandez de Kirchner. Mais L'observatoire a eu d'autres liens avec les artistes peintres argentins... puisque déjà en 2002, il avait organisé « 100 tableaux pour l'Argentine », une vente collective ici de peintures d'artistes argentins qui avaient répondu présent pour aider deux «assemblerias» de Buenos Aires qui oeuvraient, après la débâcle économique de décembre 2001.

La séance de ce jour est consacrée à la peinture argentine. Que dit elle? Pour y répondre, j'ai le plaisir de vous, présenter notre invitée argentine Nora Iniesta, artiste plasticienne qui nous fait l'honneur d'assurer le point capital de notre séance et que je remercie ici chaleureusement.

Pour vous la présenter en quelque mots, Nora Iniesta vit et travaille à Buenos Aire, et son travail exprime le monde de son enfance, les histoires, les lieux, les représentations diverses. Elle a exposé depuis de nombreuses d'années en Argentine, aux Etats Unis et dans de nombreux pays d'Europe. Elle nous en parlera aussi. Son intervention débutera à l'époque coloniale pour engager une première observation des représentations graphiques de l'Argentine naissante, puis de la génération des années 1880, où s'affirment artistes et volonté de politique artistique pour nous faire découvrir les avants gardes.. puis les courants de la première partie du XXe siècle. Nous poursuivrons le voyage de ces deux cents ans argentins par la découverte des tendances récentes. Le bicentenaire le méritait bien, ce sera chose faite avec Nora Iniesta et l'Observatoire de l'Argentine contemporaine et nous pouvons en espèrer des échos dans cette commémoration.

Notre spécialiste responsable des commentaires est aujourd'hui, Ricardo Mosner qui aura la tâche de la synthèse mais aussi la liberté de s'exprimer sur le sujet en y évoquant ses partis pris. Argentin parisien ou parisien d'argentine, Ricardo Mosner vit et travaille en France depuis 1970. Artiste complet, son travail de peintre, de sculpteur, de graveur, passe aussi par le graphisme, l'art de l'affiche, de la décoration. Son style est largement reconnu, il exprime son «argentinisme» par une expression qui lui ait bien personnelle qui résulte «d'une acculturation entre expressionnisme et surréalisme». Pour mieux le découvrir et le connaitre un livre lui est consacré ici à l'accueil.

Le théatre a eu une grande influence dans ses créations et la radio l'a rendu complètement «Papous» sur les ondes de France Culture, un RDV dominical notoire.C'est «l'unidimentionnel creatif man of Paris» qui est aussi le coordinateur des expositions «El colectivo» qui perdurent depuis plusieurs années, dont il nous en tracera le parcours tout à l'heure, s'il le désire.

Le bicentenaire était l'occasion de s'interroger sur la place de la peinture et des arts au moment des guerres d'indépendance. Existe-il des traces visuelles et des représentations des événements en cours ? Une façon de se figurer factuellement telle ou telle bataille ou événement comme avec les représentations d'un David en France, ou d'un Nicolas Raguenet, d'un Hubert Robert, les oeuvres de l'époque révolutionnaire au musée Carnavalet, ou plus tard d'un Delacroix. Le travail d'étude que j'ai réalisé, m' a amené à reconsidérer le thème au fil des recherches car si le sujet n'a pas à ce jour rempli en France les rayonnages de la BNF, des bibliothèques du Louvre, de l'école supérieure des beaux arts, ou de Fornay, pour les plus connues, il est avéré aussi que les traces de l'histoire de la peinture argentines en France sont rares.

Nous verrons avec Nora Iniesta, que le XIXe siècle a été inventif et que la Nation a donné une place à la peinture et aux arts mais aussi que les musées de Buenos Aires offrent aujourd'hui des expositions de peinture et de dessins sur cette période. Nous attendons vivement ces catalogues pour combler nos sources en France. Albert Camus, dont c'est, cette année, le cinquantième anniversaire de sa disparition, disait : on peut passer sa vie entière avec un seul livre. Du côté de l'écrivain, cela est certainement vrai, mais c'est aussi vrai pour le lecteur. Je pourrais ce soir, si vous me le permettez, plagier ce grand maître, en vous disant, on peut passer sa vie avec une seule œuvre d'art. Car en fait, nous connaissons des œuvres, les reconnaissons, les nommons, les situons, historiquement, chronologiquement, généalogiquement, dirai-je, mais au fond, ne faut-il pas, plus de connaissances pour les comprendre, et connaître leur véritable périple, donc forcément se limiter à une œuvre, aide pour mieux l'étudier et la comprendre .

L'art est la plus grande aventure humaine. Il a parcouru les millénaires depuis que l'homme est sur terre et je voudrais ici vous en faire un simple rappel. Un rappel succinct, je vous rassure, car chaque micro époque peut être analysée en détail et une soirée ne suffirait pas. Etre historien de l'art est un métier à part entière, qui privilégie forcément une époque. Je vais donc souffrir de ne pas vous détailler une oeuvre ou une époque... mais survoler le continent sud-américain pour introduire la période artistique qui nous intéresse, aujourd'hui avec Nora Iniesta, celle de l'indépendance et du XIXe siècle argentin, les raisons de son développement et puis surtout son rayonnement jusqu'à nos jours.

Du plus loin où l'on peut remonter, en Amérique du Sud, on sait que l'homme primitif établit rapidement des villages des deux cotés de la Cordillière, arrivée tardive, disent les spécialistes, vers 6000 ans avant notre ère. On y décèle la présence de poterie 500 ans avant JC mais aussi traces du Tissage et de vannerie.

En Argentine, la culture «diaguita» est appelée «calchaqui» et atteste sa parenté par des objets tels que les bols d'argile peint. Ils habitaient, mais ne furent pas les seuls, les hautes montagnes andines et les vallées du nord-de la future Argentine, nord-ouest argentin dans les provinces de Salta, Tucumán, Catamarca, La Rioja, le nord de celle de San Juan, l'extrême nord-ouest de celle de Córdoba et le petit nord du Chili, dans les vallées transversales des régions d'Atacama et de Coquimbo. Pour ceux que ça intéresse, Je vous renvoie au travail de Carmen Bernan sur Indigène et indigénisme en Argentine, qu'elle a exposé dans cette même maison de l'Amérique latine il y a quelques mois....(détails d'anthropologue) dont il existe un ouvrage de référence.

A l'ouest des Andes, leur frontière s'établissait approximativement sur le río Choapa. On conserve toujours les vestiges de leurs ingénieuses constructions appelées par les Quechuas «púkara» comme les citadelles des Quilmes en province de Tucumán, Tolombón, Chicoana, Tilcara, Atapsi et Fuerte Quemado en province de Salta, etc. Cette même population indienne plus que résistante aux conquistadors sera déportée finalement vers Buenos Aires où ils créeront, vous le savez, l'autre Quilmes.

Plus au nord, la conquête silencieuse de l'Empire inca est attribuée à la puissance des armes espagnoles, au fatalisme religieux des envahisseurs, et aux rivalités provoquées par ceux-ci, entre des groupes indiens ennemis les uns des autres.La disparition des civilisations antérieures a été si complète que l'indigène n'en retient, autant dire, rien aujourd'hui. Le sentiment de fierté en songeant aux aïeux, sentiment que l'on rencontre dans beaucoup d'autres régions américaines et tout particulièrement au Mexique, n'existe pas chez l'indien des hautes terres andines dont la population connut un déclin persistant, ce qui aura une incidence sur le développement de ces régions durant la colonisation.

On s'accorde à dire, que la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb est le fait capital de l'histoire moderne. Les historiens ne me contrediront pas. Cette fortune de la terre et du capital tombait dans l'héritage de l'Europe dès 1492. Comme le disait en 1929, Louis Gillet, qui fut spécialiste des questions d'art à la Revue des deux mondes, et par la suite académicien en 1935, la Chine aurait pu arriver au Nouveau Monde la première.

Mais l'Europe était ...la première.

Le pays n'était pas vierge et sauvage, poursuit il. Une civilisation brillante, des civilisations brillantes, occupaient ces régions. Ces barbares, comme les appelaient les conquistadors, avaient leur art. Mais les « nouveaux barbares » eux, détruisirent tout, abolirent le passé et construisirent sur la table rase, de l'Amérique centrale... au sud du continent, en un temps record.

La conquête espagnole détruisit tout , abolit le passé, prit pied en Amérique : langue, lois, arts, idées… Peu de liens entre les deux civilisations. Les colons superposèrent leur culture sans tenir compte de l'existence des premiers avec une force de bulldozer. Nous avons pu connaître depuis les épaves de ce monde disparu. Un monde livré aux archéologues et anthropologues modernes, pour donner une place aux civilisations des Mayas, des Aztèques des Incas, pour les plus connus, dans l'histoire générale de l'humanité.Pourtant, il faudra attendre les années 1980, pour que les musées d'Europe créent les premières sections d'antiquité sud-américaine et ainsi donner une place aux arts d'Amérique du Sud. On renoue ainsi plus facilement avec le génie des ancêtres. Le XXe siècle a rendu hommage à ces arts, celui des Indiens , dont l'importance majeure n'a pas encore été totalement révélée.

Mais à l'instant, où le «  Colombisme  » annexe l'Amérique à l'Europe et à la chrétienté, c'est à dire, dès le XVIe siècle, deux faits s'inscrivent qui vont dominer l'histoire artistique, ce qui nous intéresse au fond de ces trois siècles de colonialisme : le fait religieux et le fait économique.

On prend possession de l'Amérique au nom de Dieu . Le monde chrétien s'élargissait et la conquête des âmes pour le salut fut un mobile puissant. Aux yeux de l'église, l'invention du Nouveau Monde était un gain compensateur des revers de la foi qui se succédaient en Europe. Les Espagnols retrouvaient une base de départ pour l'aventure du salut.

Les plus poétiques des analystes diront plus tard, «  Les voilures de l'Atlantique, durant deux siècles vogueront sur une mer latine  ».Les petits havres huguenots dans le Nouveau Monde du nord, troublaient peu la politique colonialiste espagnole. Pas autant qu'en Europe, en tout cas. Tout juste, peut-on souligner les velléités des expériences religieuses de nobles migrants comme Coligny en baie de Rio, les jésuites au Paraguay ou encore les Mormons et la fondation de l'église positiviste du Brésil au XIXe siècle. Mais, en parallèle de l'expérience religieuse, le prodigieux accroissement des biens matériels qui résultait de la découverte du Nouveau Monde changea l'idée de richesse. Pendant 150 ans, la possession du Nouveau Monde assura à l'Espagne son hégémonie. L'or coulait à flot, à côté du sang des indigènes devenus esclaves. Avant que l'Amérique latine ne soit rattrapée par celle du nord, elle le fut sur le plan économique à la fin du XIXe siècle, celle-ci conserva une incalculable avance. Les magnats du sud géraient l'or à poignées, étalaient un luxe inouï, faisaient couvrir de lingot d'argent et d'or les allées de leurs jardins : on mesurait l'état d'un homme par le nombre de ses lingots. Au Mexique, on pavait d'argent le chemin qui menait de la maison à l'église comme le fit le célèbre Jose de La borda (Delaborde)pour le baptême de son fils. (ville minière de Taxco) Toutes les richesses semblaient réunies par la nature dans ses terres fortunées, mines fameuses du Mexique, du Pérou, les diamants du Brésil, le coton, le sucre, le café faisaient l'opulence des indolents planteurs. Le trésor semblait inépuisable : et ce qui fit dire de cette époque : que l'homme se lassait de recueillir plus vite, que la nature de donner.

Ces deux faits , l'un matériel, l'autre spirituel commandèrent le développement de l'art dans le Nouveau Monde. Il n'y eut guère dans ces pays, donnés par Dieu, d'autre art que religieux . L'art catholique de la conquête devait être une des branches les plus fécondes. Au point de vue de la production et même de la beauté, il n'est pas douteux que l'Amérique latine, pendant la période coloniale, ne l'emporte sur l'Amérique du Nord. Les grands monuments du Mexique comme les cathédrales de Puebla et de Mexico, du Pérou comme celle de Cuzco et de Lima, sont sans comparaison les plus magnifiques du Nouveau Monde. Toutes ces œuvres architecturales, mises en œuvre dès la fin du XVIIe siècle par un «  maître d'œuvre royal  », nommé par l'Espagne,(quand même) furent exécutées par une main d'œuvre indigène. Cette assimilation se produisit avec une extrême rapidité et l'église ne pouvait que s'en réjouir.

Pendant longtemps, et d'abord en Europe, faut-il le rappeler, les créations de l'homme ont eu, pour but essentiel, l'imploration et la représentation des divinités. Les églises, les cathédrales, Le Vatican entre autres, les lieux de cultes et autres espaces religieux regorgeaient d'oeuvres d'art. Cette expression prend tout son sens quand on essaie d'analyser ce qu'elle sous tend d'apriori et les différentes interprétations dont elle fut l'objet au cours de l'histoire comme moteur de l'histoire de l'art, précisément, non plus essentiellement pour la Chrétienté, mais aussi pour les royautés d'Europe et les nobles.

Ce ne fut pas le cas dans les vices royautés. Les arts plastiques, tant que durera le régime espagnol, ne furent pas moins prospères que l'architecture, mais toujours religieux. L'église introduisit au Nouveau Monde, ses habitudes ses méthodes, sa culture de la sensibilité, son imagerie destinée à combattre les vieilles idolâtries. Elle réussit à persuader un peuple d'imagination vive, en peu de temps, et ne négligea rien de ce qui pouvait l'éblouir et l'émouvoir en frappant ses sens.

Cependant, une vieille méfiance des idoles lui conseilla d'abord d'user de la statuaire avec prudence. Ce qu'elle fit. À la fin du XVIe siècle, les religieux donnaient comme moyen d'édification, la préférence à la peinture. Les églises en étaient remplies. D'ailleurs, la sculpture ne prit son essor qu'au début du XVIII siècle, cinquante ans après la peinture. Le relief était déjà dans les habitudes des Indiens et leur demeura plus accessible que les conventions de l'art de peindre. Le décor ecclésiastique ne manqua pas de suivre le triomphe du catholicisme, d'abord au Mexique. Les stalles, les fameuses «  silleras  » qui meublaient déjà le chœur des cathédrales de Tolède, de Seville, de Leon seront reproduites par des artistes espagnols avec des traits empruntés à la flore et faune du pays.

Les retables dont les dessins venaient d'Espagne, s'ajoutaient à cet art du huchier et peuvent passer pour des chefs d'oeuvre du grand âge classique espagnol. La luxuriance tropicale et l'encombrement du détail, le besoin exaspéré de tourmenter la forme pour en faire jaillir des expressions plus riches, le génie du fourmillement de la végétation, du foisonnement à l'infini, caractérisaient le Nouveau Monde.

La peinture est presque aussi vieille que la conquête espagnole. Parmi les compagnons de Cortès, se trouvait un peintre, un certain « Rodrigo de Cifuentès », de Cordoue, dont le rôle et l'histoire ne sont pas bien connus mais il aurait fait le portrait de Cortès et celui de sa maîtresse indienne. Cela pour instruire et dire, que la peinture fait partie de la croisade mystique entreprise par les conquistadors. La conquête du Nouveau Monde fut une affaire de moine plus qu'une affaire de soldat, dit-on, malgré leur rôle dévastateur. Mais, on peut dire que, c'est l'évangile à la main que furent assujettis tant de vastes territoires et la peinture fut pour les moines l'auxiliaire, le moyen d'enseignement, le truchement pour se faire entendre à défaut de langage.

La peinture profane y est inconnue. Pas un tableau d'histoire. Un nombre inouï de peintures conservées dans les églises du Nouveau Monde du Pérou au Mexique n'est qu'un art pauvre de troisième main. Les moines qui passaient commande, se montraient peu difficiles sur la qualité et l'originalité était le cadet de leur soucis. Ils se plaisaient d'avoir sous les yeux ce qu'ils pensaient être dans les églises d'Europe.

Les premiers peintres venaient des écoles espagnoles ou italienne, certains des Pays-Bas de Charles Quint. La génération suivante, dont le talent va se diluant et s'affadissant n'en n'est pas moins nombreuse. Le XVIIIe siècle est marqué en peinture par un retour de l'influence croissante de l'Europe et principalement de deux maîtres adoptés par les Jésuites et les Franciscains : Rubens et Murillo. Les sujets affreux disparaissent et sont remplacés par des thèmes d'apothéose ou d'attendrissement.

Jusqu'à la veille de l'indépendance, il en fut ainsi dans toute l'Amérique latine. Si indéniablement, les arts religieux furent plus abondants du Mexique, au Pérou, son développement n'eut pas le même essor dans le reste de l'Amérique du Sud, bien moins développée et en particulier dans ce vaste territoire de la Vice royauté du Rio de la Plata, d'où naîtra celui de l'Argentine.

On peut déjà souligner que c'est dans le nord de l'Argentine, autour de Salta par exemple, que le développement artistique religieux a laissé ses traces. Le sud n'était pas investi.

À la veille des guerres d'Indépendance, il est convenu de dire que le territoire de la future Argentine était vaste et peu peuplé. D'ailleurs, l'Argentine est peu citée, dans les récits, laissant une prédominance aux pays voisins, le Brésil par exemple où dominait depuis la fin du XVIIIe siècle les précurseurs de l'académie impériale de peinture du Brésil et ou de nombreux artistes français, anglais, accompagnant les missions gouvernementales, étaient présents.

À ce moment, l'Argentine ne possédait rien de comparable à ces développements. Les artistes autochtones n'avaient pas la reconnaissance des célèbres peintres historiques du Pérou, du Chili, d'Uruguay et du Venezuela. La cause n'était pas tant que le pays manquait de traditions artistiques. C'était plutôt que la nation était assaillie par des problèmes politiques, des luttes civiles, un dictatorship étouffant qui entravaient la croissance naturelle de sa vie culturelle.

Les voyageurs ne désiraient pas non plus s'installer momentanément dans ces zones en turbulence, évoqués en détail ici durant les dernières séances de l'observatoire en novembre dernier sur «  Les grands moments politiques de la nation argentine “avec Noémie Girbal” et surtout celle de décembre avec alejandro Ravinovich sur “ Guerres et révolutions pour forger l'indépendance argentine”.

On a vu que tout cela ne fut pas une affaire simple et que l'heure n'était pas à la peinture, ni aux arts.Pourtant, en Argentine, la peinture de ce XIXe siècle débutant, se retrouve dans l'œuvre d'un certain nombre d'artistes voyageurs européens.

La peinture naquit en Argentine en même temps que la Nation : Journalistes, marchands, militaires ou scientifiques Anglais, Français, Allemands, Espagnols ou Portugais, réalisaient des croquis pour leurs livres de bord ou leurs carnets de voyages, des huiles, des lithographies étaient ramenées en Europe.

Le nombre de ces artistes voyageur n'est pas exhaustif. Mais cette partie du monde avait excité leur curiosité, parce que jalousement et exclusivement gardée durant trop longtemps dans les couronnes du Portugal et de l'Espagne. Elle était restée un mystère. Ces voyageurs, subjugués par ses paysages, mines de beauté fantastique, sa faune exotique, ses plantes, ses rivières et ses montagnes, les ont peints, et très souvent des aquarelles. Le vieux continent découvrait ainsi ces vastes terres encore inconnues et mystérieuses. La France y joua un rôle, se transformant en un modèle artistique à imiter pour résister à l'influence hispanique. À partir de la Révolution de mai, les sujets religieux perdirent leur importance et l'activité picturale fut fondamentalement développée sur le portrait et les scènes de coutume... Une série d'artistes peintres français vint en Argentine au XIXe siècle, ils offrirent un des chapitres les plus riches et les plus colorés dans l'histoire des relations entre les deux pays. On peut dénombrer une trentaine de ces artistes peintres, miniaturistes, portraitistes qui, venus sur les rives du Rio de la Plata au XIXe siècle ont dépeint avec caractère l'exotisme argentin avec d'un côté la citée de Buenos Aires, bourgeoise et fortunée, européanisée, et de l'autre “l'Argentine à cheval”, les vastes plaines de la Pampa et le monde gaucho. Des artistes étrangers visitèrent, résidèrent un certain temps, ou s´établirent en Argentine ; en recueillant dans leurs oeuvres les types et les coutumes de la région : par exemple l'incontournable marin anglais Emeric Essex Vidal, qui laissa de sublimes aquarelles avec du texte qui sont un registre remarquable du passé argentin ; ou encore le français Charles Pellegrini arrivé en argentine, embauché comme ingénieur. Sur place des raisons politiques lui empêchèrent de continuer les oeuvres publiques programmées, il se consacra dès lors à la peinture, en effectuant de nombreux portraits, des scènes de coutumes et des vues de la ville ou encore Adolfo D'Hastrel (1805-1875), un autre marin qui réunit des dessins et des aquarelles dans le livre “Collection des vues et des coutumes du fleuve de la Plata”.

J'arrête ici ce préliminaire, ô combien succinct et incomplet sur l'histoire de l'art en Amérique du Sud...... pour donner la parole à nos invités et d'abord à Nora Iniesta qui va développer pour nous en détail la grande aventure de la peinture argentine, depuis la période coloniale pour entrer dans ce nouveau pays en émergence, qui usera des arts pour s'imposer dans le concert culturel international.

Le bicentenaire offrait aussi la possibilité de faire une photographie de l'Art argentin jusqu'à nos jours, c'est je crois l'axe de l'intervention de Nora Iniesta et aussi , je crois, son désir de nous faire partager ses passions.

Jean-François Dray

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