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Conférence de Nora Iniesta à l'Observatoire d'Argentine contemporaine le 17 mars 2010 dans le cadre de la commémoration du bicentenaire de l'indépendace argentine

200 ans d'art argentin regard d'une artiste

(La mirada de una artista)

 

ART ET ARTISTES DE L'INDEPENDANCE ARGENTINE, TRACES VISUELLES ET REPRESENTATIONS

Art et identité nationale. Les œuvres d'art majeures de l'Argentine indépendante.

Un voyage rétrospectif.

 

INTRODUCTION

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse d'être ici ce soir. Merci à Diana Quattrochi-Woisson de m'avoir contactée ainsi qu'à Jean Piel, et à Jean-François Dray de l'Observatoire de l'Argentine Contemporaine, pour leur invitation. C'est un honneur pour moi d'être à Paris aujourd'hui. Il y a 30 ans déjà, j'ai habité dans cette belle ville pour 3 ans en tant que boursière de l'Etat français. J'ai reçu le prix Georges Braque et représenté l'Argentine à la XIème biennale des jeunes au Musée d'art Moderne de la ville de Paris Je ne suis pas historienne de l'art mais une plasticienne ancrée dans l'art contemporain argentin et une grande partie de mon travail repose sur l'identité nationale.

Aujourd'hui se prépare en Argentine les festivités du bicentenaire. Dans diverses parties du pays des évènements sont organisés. Et Non seulement en Argentine ! La Bolivie, le Chili, la Colombie, tout comme l'Argentine fêtent cette année le bicentenaire des luttes pour l'indépendance. Et, c'est aussi pour commémorer ces 200 ans d'histoire que nous sommes ici ce soir, dans le cadre de ce cycle de conférences. A Buenos Aires vont avoir lieu de nombreuses manifestations historiques et artistiques. Le moment phare sera le 25 mai, jour commémoratif du premier gouvernement patriotique.

Je suis contente de vous emmener pour un petit voyage à travers le temps dans l'histoire de l'art argentin et vous faire partager mon expérience personnelle de cette histoire qui se déroule sur 200 ans c'est à dire depuis la Révolution de mai 1810.

En Argentine, les 25 mai de chaque année, les enfants à l'école montent une pièce de théâtre, chantent, se déguisent en costumes de l'époque de l'indépendance, réalisent des dessins du Cabildo, œuvre architecturale de la ville de Buenos Aires, lieu de la plus haute importance dans le processus d'indépendance. C'est dans ce lieu que les grands hommes de la Nation naissante se sont réunis. PUBLICITES. Voici une représentation du cabildo pour cette occasion, paru dans une revue enfantine très populaire dans les années 1950 et jusqu'à aujourd'hui.

La pratique artistique participe en ce sens à la construction de la nation argentine. Manuel Belgrano et Bernardino Rivadavia, notre premier président, en leur temps l'avaient bien compris. Ils vont affirmer l'importance de développer un art proprement argentin, pour participer à la construction de l'identité nationale.

Nous allons tout d'abord revenir sur les productions artistiques précédant l'indépendance pour ensuite nous focaliser sur l'Art proprement argentin.

Avant la découverte du « Rio de la Plata » par Juan Diaz de Solis en 1516 et l'arrivée de colons dans le pays de la « Plata », les populations indigènes ont développé un art visuel riche dont les supports sont des céramiques, des vases ou des grands disques de métal aux figures géométriques. 1-CULTURE KERO VASE

La colonisation a anéanti cette population et leur production artistique. On peut aujourd'hui admirer les vestiges de cette civilisation dans la section Archéologique du Musée de la ville de la Plata, capitale administrative de la province de Buenos Aires.

LA PERIODE COLONIALE

Durant la période coloniale, prédomine l'art religieux dont la fonction est de transmettre les idées chrétiennes aux populations indigènes et aux nouveaux arrivants. L'église elle-même est l'expression de l'art chrétien : les façades et les retables incarnent le lien entre les hommes et le monde divin. De nombreux retables sont de véritables joyaux. 2-RETABLE

Les peintres jésuites travaillent dans les villes du Rio de la Plata et du Tucuman, introduisant des peintures et des sculptures sur les lieux de cultes et formant les populations indigènes à cette nouvelle forme d'art religieux. Nombreuses de ces productions ont traversé le temps et sont parvenues jusqu'à nous, parmi elles on citera les productions du jésuite allemand Florian Paucke (1719-1789). 3-4- AQUARELLES PAUCKE

C'est un précieux témoignage de l'Argentine coloniale : représentation de soldats, des us et coutumes des indigènes, de la vie quotidienne, de l'agriculture et même de la faune et de la flore.

Il est important de souligner qu'à partir du 17eme siècle, sont apportées à Buenos Aires de nombreuses œuvres en provenance des ateliers européens. De même, de nombreux artistes d'origine espagnole et italienne arrivent sur cette terre et réalisent des peintures, des sculptures religieuses et des portraits des personnages de l'église et des hauts fonctionnaires.

DES PREMIERES LITHOGRAPHIES DU XIXe SIECLE AUX AVANTS GARDES DU XXème

Emergence d'un art argentin académique

A la fin du 18ème siècle, par la voie de l'Espagne, entre en Amérique latine le néo-classicisme. Dans ce contexte, le modèle académique espagnol devient une référence. A Buenos Aires, au début du 19ème siècle commence l'institutionnalisation de l'enseignement artistique. Manuel Belgrano, l'homme qui a donné son drapeau à l'Argentine, incarne cette volonté de formation académique : il crée en 1799 la première Ecole des Beaux Arts qui porte son nom. Cette institution existe toujours aujourd'hui, j'ai même été élève de cette école

A partir de la Révolution de Mai et sous l'influence de courants de pensée inspirés de la révolution française, la thématique religieuse s'efface au profit d'un art centré sur l'humain c'est à dire le portrait et les scènes quotidiennes.

Jean Baptiste Douville né en France en 1794 réalise les premières lithographies argentines à caractère artistique. Il fait le portrait des grands hommes de la République argentine. César Bacle (1790-1838), un suisse immigré à Buenos Aires va poursuivre le travail de Douville en prenant pour sujet des thèmes populaires et la vie quotidienne. 7-8-9 Litho Bacle

Représenter graphiquement ce nouveau pays

Carlos Pellegrini (1800-1875) d'origine française est appelé en Argentine par le gouvernement de Rivadavia pour réaliser des projets d'ingénierie qui sont finalement annulés pour des raisons politiques. Il décide alors de se consacrer à l'art. Il réalise de nombreux portraits, peint des scènes quotidiennes et des vues de la ville de Buenos Aires. Ses vues de la ville sont très importantes et considérées comme les premières représentations de Buenos aires, de ses environs et de ses personnages emblématiques de la vie politique. On peut voir dans ses œuvres des bâtiments majeurs de la ville comme le Cabildo, la pyramide de la place de Mai et la cathédrale.

10-11- CARLOS PELEGRINI

(à noter : Son fils Carlos Pellegrini a été président de la Nation argentine entre 1890 et 1892, ce fut le premier enfant d immigrants a accéder a une telle charge.)

Raimundo Monvoisin (1790-1870) et Mauricio Rugendas (1802-1858) se sont également illustrés parmi les artistes étrangers de la première moitié du 19ème siècle. Le plus souvent formés à Paris, ils peignent sous l'influence des maitres romantiques tels que Delacroix et Géricault.

12-13-14 MONVOISIN-RUGENDAS

Durant la troisième décennie du 19eme siècle, émerge la figure de Carlos Morel (1813-1894) qui est considéré comme le premier peintre strictement argentin et réalise dans un style romantique des scènes de bataille. 15-16- CARLOS MOREL

Suivent ensuite les peintres Prilidiano Pueyrredon (1832-1870) et Candido Lopez (1840-1902) qui se sont consacrés à peindre la vie des gauchos et des scènes de guerre de l'Argentine pré-moderne. 17-18- PRILIDIANO PUEYRREDON – LOPEZ

Candido Lopez a été un chroniqueur de la guerre du Paraguay. Toutes les représentations que nous avons de cet évènement historique sont signées par lui.

La génération des années 1880

A partir de la seconde moitié du 19e siècle s'organisent les institutions artistiques du pays. Eduardo Schiaffino est une grande figure des peintres de la Generacion del 80. En 1876, il fonde la « Sociedad Estimulo de Bellas Artes » puis en 1895, le Musée National des Beaux Arts dont il devient le premier directeur.

La grande vague d'immigration (1870-1930) établit une forte relation avec la peinture européenne à travers les peintres italiens et français. Eduardo Sivori (1847-1918) introduit le naturalisme, son œuvre majeure est « El despertar de la criada » (1887) suivi de peintres comme Reynaldo Giudici (1853-1927) et Ernesto de la Carcova (1852-1903) dont l'œuvre phare est « Sin pan y sin trabajo ». Ces artistes ont mélangé des éléments de néoclassicisme, romantisme et de néonaturalisme créant un répertoire formel d'un autre contexte culturel qu'ils adaptent au monde argentin. 19-20-21- SIVORI- GIUDICI-CARCOVA

Angel Della Valle (1852-1903), développe un courant de peinture de scène de campagne avec des œuvres comme « La vuelta del malon »et « Gauchos a caballo », situant ses scènes au cœur de la Pampa ou de la campagne argentine. 22- DELLA VALLE

LE XXème SIECLE

Le début du 20ème siècle est marqué par les premières manifestations pour l'émancipation et la liberté politique. En 1912, est adoptée la loi Sáenz Peña qui accorde le vote secret, universel et obligatoire à tous les hommes nés sur le territoire. En 1916 arrive au pouvoir par la voie des élections démocratiques Hipólito Yrigoyen, déterminant un changement dans la gestion de politiques publiques. Ainsi, en 1918, a lieu une réforme universitaire, qui donne son autonomie à l'université pour donner écho aux changements culturels de l'époque.

Au début du 20ème siècle, revient de Paris Martin Malharro (1865-1911). L'exposition de ses œuvres en 1902 est considérée comme le moment de l'apparition de l'impressionisme en Argentine. Avec Malharro, Faustino Brughetti (1877-1956), Walter de Navazio (1887-1919) et Ramon Silva (1890-1919), mettent le paysage lumineux au centre de l'art Argentin. 23-24-25- MALHARRO-NAVAZIO-SILVA

Fernando Fader (1882-1935) et les artistes qui intégrèrent le groupe Nexus, les peintres Cesario Bernaldo de Quirós, Carlos Ripamonte, Justo Lynch, Pío Collivadino, Alberto Maria Rossi et le sculpteur Arturo Dresco interviennent dans la polémique sur la possibilité d'un art national . 26-FADER

Ces artistes voulaient créer un Salon officiel, comme celui de Paris en partie financé. par les aides de l'Etat national. C'est dans ce but qu'est généré le groupe en 1907. Ainsi, ils vont réaliser le « Salon del centenario », la plus grande exposition jamais réalisée en Argentine. Ces artistes s ancrent réellement dans un débat plus général sur le nationalisme au début du 20e siècle et débat qui atteint son apogée lors de l'exposition internationale du centenaire en 1910 . Les artistes du groupe “Nexus” impulsent une vision autonome de la peinture. Malgré l'influence parisienne, ce groupe donne naissance à la première avant-garde proprement argentine.

L'historiographie de l'art argentin, s'accorde sur le fait que la décennie des années 1920 marque un tournant dans la modernisation du langage plastique en argentine. Divers facteurs sont à l'origine de ce changement. Reviennent à Buenos Aires Emilio Petorutti (1892 -1971), Alfredo Guttero et le Groupe de Paris formés par Horacio Butler, Hector Basaldúa, Aquiles Badi, Lino Spilimbergo, Raquel Forner. 29-30- GUTTERO-BASALDUA Pour le Groupe de Paris, le principe est de rechercher “ la structure éminente des valeurs plastiques”.

Depuis différents angles formels et idéologiques, les artistes qui reviennent en Argentine connaissent les nouveaux langages des avant-gardes européennes. Ils remettent en cause l'esthétisme majeur et l'art des institutions officielles.

On peut noter à cette même époque l'oeuvre tout à fait originale et personnelle de Lola Mora, une scupltrice de Salta nommée Dolores Candelaria Mora Vega de Hernandez dont la production majeure est une fontaine des Nereides placée sur la costanera sud de Buenos Aires.

Première Avant-garde:

De la main d'Antonio Berni nait le premier grand mouvement pictural du pays, portant les caractéristiques propres de la peinture régional latino-américaine. Tous influencés par l'Ecole de Paris (Modigliani, Chagall, Soutine, Klee), se développent trois groupes d'artistes argentins : le groupe « Florida », le groupe « Boedo » et le groupe de la « Boca ». 27-28- ANTONIO BERNI

Berni (1905-1981) fut l'un des grands initiateurs du Grupo Florida. J'ai une anecdote à vous conter. Quand je suis partie pour Paris dans le cadre du prix que j ai reçu, le hasard fait bien les choses : nous étions dans le même avion et avons donc passé le voyage ensemble. Voyage à Paris en 1980 qui fut d'ailleurs son dernier. Les artistes du Grupo Florida portent une très grande attention aux questions esthétiques. Les membres du groupe appartiennent aux classe moyenne et supérieures Ces artistes se réunissaient dans une pâtisserie du centre de Buenos Aires situé dans la rue Florida.

Berni est l'un des peintres les plus importants de la peinture argentine. De ses peintures ressortent des personnages comme Juanito Laguna et Ramona Montiel. Ses tableaux sont habités par des hommes et des femmes du peuple, de modestes travailleurs ou de soucieux vagabonds. D'ailleurs, le dernier achat du Musée National des Beaux Arts à Buenos Aires est un grand tableau de Berni nommé « Pesadilla de los Injustos », (le cauchemar des injustes).

Les représentants les plus importants du groupe Florida :

Aquiles Badi, Héctor Basaldúa, Norah Borges, Horacio Butler, Emilio Centurión, Juan del Prete, Raquel Forner, Ramón Gomez Cornet, Alfredo Guttero, Emilio Pettoruti, Xul Solar y Lino Eneas Spilimbergo. 38-33-PETTORUTI-XUL SOLAR

Alfredo Guttero, est la figure autour de laquelle se rassemble les jeunes artistes. Il organise le nouveau salon. Au même moment, des revues comme Prisma, Martin Fierro, Inicial, Plus Ultra, Claridad et Campana de Palo reflètent l'effervescence du champ culturel.

Le groupe de la Boca a été fortement influencé par l'immigration italienne, développant un style particulier, mettant au centre la représentation du travail et des quartiers d'immigration. Le groupe se compose de Benito Quinquela Martín, Victor Cúnsolo, Eugenio Daneri, Fortunato Lacámera, Alfredo Lazzari, y Miguel Carlos Victorica.

31-32- QUINQUELA

34-35-37- CUNSOLO LACAMERA

Le groupe Boedo s'est consacré au traitement artistique de la question sociale et des luttes ouvrières. Le groupe s'est formé autour d'une maison d'édition Claridad, de tendance socialiste qui avait ses ateliers dans la rue Boedo, un quartier ouvrier de la ville de Buenos Aires. Il est formé par José Arato, Adolfo Bellocq, Guillermo Facio Hebécquer y Abraham Vigo. 42- VIGO

Deuxième Avant-garde : années 1930.

La seconde avant-garde, ou vague d'innovation dans la peinture argentine se déroule pendant la décennie des années 30. Durant cette période, nombreux des peintres de la première avant garde évoluent et changent de point de vue artistique. Ce mouvement compte quatre groupes. Parmi les principaux groupements picturaux on trouve : le groupe Orion composé de Luis Barragan, Vicente Forte et Leopoldo Presas.

Les peintres sensibles se rassemblent autour de Raúl Soldi. Ce dernier centre son travail autour de l'usage de la couleur comme moyen d'expression des émotions. Soldi a notamment peint la coupole du théâtre Colon, l'équivalent de l'Opéra à Buenos Aires. Version de la coupole que l'on peut encore voir aujourd'hui, réalisée il y a un peu plus de 40 ans. Notons qu'après de nombreuses années de restauration, le Théâtre Colon va être inauguré de nouveau dans le cadre des festivités du bicentenaire, le 25 mai. 40-41- SOLDI

Il y a aussi un extraordinaire aquarelliste, Jorge Larco qui travaille sur les paysages du Tigre.

Le groupe des peintres sensibles compte également comme membres : Miguel Carlos Victorica, Raúl Russo, Eugenio Daneri y Miguel Diómede.

43-39- VICTORICA- DANERI

Les “pintores ingenuos”, (naïfs), ne traitent pas de la question sociale dans leurs travaux. C'est une peinture sans conflits humains ni sociaux. Les principales figures de ce groupe sont Luis Centurión et Norah Borges. 44- BORGES

Enfin, le Mouvement Néoréaliste, poursuivant la ligne fixée par le groupe Boedo, ils y ajoutent de la rigueur, des éléments picturaux nouveaux. Dans ce groupe, on compte Carlos Alonso, Antonio Berni, Juan Carlos Castagnino, Demetrio Urruchúa, Enrique Policastro. De tous ces artistes, seulement Carlos Alonso est vivant aujourd'hui et vit dans la province de Cordoba dans un village nommé Unquillo. Dans ce même lieu, auparavant, son maître Lino Eneas Spinlimbergo avait son atelier. 45- 46- ALONSO -URRUCHUA

Changements à la moitié du XXème siècle. Apparition de nouveaux courants.

A partir de 1946 de nombreux changements modifient la politique académique des Ecoles des Beaux Arts. De nombreux professeurs sont expulsés des écoles de Mendoza et de Buenos Aires. En 1948, sont créés l'Atelier de Peinture et L'Institut Supérieur des Arts de l'Université Nationale de Tucuman où va s'organiser un pôle majeur des arts plastiques argentins : la Escuela de Muralistas Tucumanos, (l'Ecole des Muralistes de Tucuman) Inspirés par les enseignements de Lothe et des principales règles d'harmonie de Matyla Ghyka. L''Institut supérieur de Arts est divisé en différentes sections : Lorenzo Domínguez est à la sculpture, Víctor Rebuffo à la gravure Pedro Zurro de la Fuente au travail des métaux. Ramón Gómez Cornet et les dessins de Lajos Szalay et d'Aurelio Salas participent aussi à ce projet avec Carlos Alonso, Juan Carlos de la Motta, Eduardo Audivert, Leonor Vassena, Alfredo Portillos, Medardo Pantoja, Luis Lobo de la Vega, Mercedes Romero, Nieto Palacios et bien d'autres encore.

Les peintres modernes

Les peintres argentins appelés “Modernes” sont difficiles à classer à identifier comme un groupeprécis. Ils développent un style constructiviste non figuratif mais sans être réellement abstrait. Dans ce groupe se trouvent les artistes comme Julio Barrangan, Luis Séoane, Carlos Torrallardona, Luis Aquino, Atilio Malinverno et Alfredo Gramajo Gutierrez et Libero Badi.

L'Art abstrait

La peinture abstraite en Argentine a eu pour précurseur Juan Del Prete ( qui a ensuite été le créateur du “futucubismo”). La peinture abstraite commence à s'organiser comme une école durant les années 1940, à partir de l'art concret. Parmi les artistes majeurs de ce mouvement, on peut citer Tomás Maldonado. 48-MALDONADO

L'académie Altamira

Lucio Fontana (1899-1968) fonde en 1946 conjointement avec certains de ses élèves l'académi Altamira et donne à connaitre le « manifeste blanc » dans lequel il proclame : « la matière la couleur et le bruit en mouvement sont des phénomènes dont le développement simultané s'intègre à une nouvelle forme d'art ». 49-FONTANA

Le mouvement Madi

En 1946, dérivé de l'art abstrait, apparait à Buenos Aires le Mouvement Madi. C'est l'unique mouvement culturel de répercussion internationale créé depuis Buenos Aires. Fondé par Gyula Kosice et Arden Quin, il inclut des artistes comme Rhod Rothfuss, Martín Blaszko, Waldo Longo et Ennio Iommi. 50-KOSICE

 

LES TENDANCES RECENTES

•  Parmi les nouvelles tendances argentines artistiques de la deuxième moitié du XXème, on peut citer La nouvelle Figuration, l'art cinétique, le Pop Art et l'art des systèmes.

Le Mouvement Informaliste

Kenneth Kemble, Alberto Greco, Enrique Barilari, Mario Pucciarelli, Luis Alberto Wells, Fernando Mazza appartiennent au mouvement informaliste à la fin des années 1950.

A cette époque émerge également le Groupe del Sur, qui porte ce nom car les ateliers étaient situés dans une usine metallurgique dans un quartier au sud de la ville de Buenos Aires, Barracas. Joaquin Ezequiel Linares, Leo Vinci, Mario Loza, Anibal Carreño, Rene Moron, Carlos Cañas faisaient partie de ce groupe.

La nouvelle figuration

La nouvelle figuration réunit durant les années 1960, divers artistes qui adoptent le nom d'  « Otra Figuracion ». Leur travail représente des figures humaines mais dans le but de lui donner des formes libres, souvent monstrueuses ou cadavériques. Ce mouvement se distingue des tendances antérieures par le traitement de la figure humaine avec la même liberté que les artistes abstraits, incorporant des techniques novatrices et déconcertantes. Dans ce groupe d'artistes argentins on peut trouver Jorge de la Vega, Rómulo Macció, Ernesto Deira et Luis Felipe Noé.

51-52- VEGA

53-57-54- MACCIO – GORRIARENA-NOE
Par la suite des artistes tels qu'Antonio Seguí, Miguel Dávila, Carlos Gorriarena, Jorge Demirjián et Juan Carlos Distefano se joignirent à ce mouvement.

56-SEGUI

Les critiques d'Art qui ont marqué cette époque sont Germaine Delbecq et Aldo Pellegrini.

Le neosurréalisme

Le Neosurréalisme, dont les principaux peintres argentins sont Roberto Aizenberg et Guillermo Roux, ouvre une nouvelle possibilité d'exprimer les peurs du genre humain dans ces temps de haute conflictivité sociale et politique.

Le groupe Espartaco

Le groupe Espartaco, relie la peinture à l'engagement politique et la mobilisation pour les luttes sociales, particulièrement le combat syndical. Ils développent une esthétique qui s'insert dans la tradition latino-américaine. Les membres principaux de ce groupe sont : Ricardo Carpani, Juan Manuel Sánchez et Mario Mollari


L'art cinétique :
L'art cinétique est un mouvement qui eu la particularité de rassembler de nombreux artistes d'Amérique Latine dont ressort la figure de l'argentin Julio Le Parc né en 1928 à Mendoza. Néanmoins, cette tendance internationale se développe depuis Paris, ville choisie par ces artistes comme lieu de résidence.
L'art cinétique ne prétend pas représenter un mouvement, pas plus qu'être une œuvre esthétique, mais de constituer en lui même une œuvre. L'artiste se joue de l'espace, de la lumière et du temps, il se comporte comme un chercheur essayant de mettre en relation l'art et la technologie.

61-Le Parc


Le Pop Art
Au travers des crises de l'art informel surgit dans les années 1960, diverses manifestations issues du Pop Art venu d'Amérique du Nord et d'Europe. Cette époque ne peut être comprise sans évoquer le mécénat privé qu'exerça la Fondation de la Di Tella. Cette fondation créée en 1958 par les propriétaires du complexe industriel Siam Di Tella permit une émulation intellectuelle et artistique qui fit émerger des nouvelles figures de l'art contemporain argentin. La Fondation du centre des arts visuels de l'Institut di Tella a été dirigée par le critique d'Art Jorge Romero Brest.
Le pop art qui s'attribue les produits de consommation et d'expression usuelle, a pour protagonistes majeurs en Argentine : Delia Cancela, Pablo Mesejean, Edgardo Gimenez, Dalila Puzzovio, Juan Stopani et Charlie Squirru. Tous créent et exposent sous l'égide de la Di Tella, ils posent l'art comme partie intégrante de la société. Ils exposent leurs œuvres dans les grandes avenues de la ville, démocratisant ainsi leur modèle esthétique.

On peut également citer à l'institut di Tella la présence remarquée de Emilio Renart, Pablo Suarez, Marta Peluffo, Oscar Bony et sa fameuse réalisation, la « familia obrera » et Roberto Plate, peintre et scènographe. Et pour le spectacle, je citerais, entres-autres, Alfredo Arias, Marilu Marini, Nacha Guevara, Jorge Petraglia, Roberto Villanueva, Mario Trejo et Alberto Favero.
Sous cette mouvance suivent les artistes du happening et sa très importante Marta Minujín qui transforma en 1965 l'Obélisque en crème glacée pour que les gens la consomment, ou le sculpteur Léon Ferrari qui expose ses premières œuvres engagées à la Di Tella à partir de 1965 et qui a reçu en 2007 à la Biennale de Venise, le prix du meilleur artiste.

65-66-MINUJIN -FERRARI

Il faut ajouter, pour les années 1960, le nom de Cesar Paternosto, peintre originaire de la ville de la Plata qui a permis la transfomation du tableau en objet, peignant les arrêtes des chassis sur lesquels il tendait ses toiles.
L'art des systèmes :
La notion de « Système » relie des langages plastiques et des modes d'expressions divers créant ainsi une synthèse artistique nouvelle. En 1971 el Centro d'Art et de Communication présente à Buenos Aires une exposition complète qui a pour but d'intensifier les liens entre les différentes disciplines. L'exposition réunit des artistes techniques, des écrivains, des poètes, des scientifiques et des spécialistes de la question sociale de divers pays. Le fondateur du CAYC ; Centro d'Art et de Comunication est Jorge Glusberg, qui a ete plusieurs années apres Directeur du Musee National de BEAUX ARTS.
De nombreux artistes argentins tels que Luis Fernando Benedit, Lea Lublin, Jorge Gonzalez Mir, Victor Gripo, Jacques Bedel, Clorindo Testa, Leopoldo Maler, Vicente Marotta, Alberto Portillos, Juan Carlos Romero, Horacio Zabala, Luis Pazos, réalisent des travaux qui résultent d'une expérience de l'art conceptuel, le land art, l'arte povera et l'art cybernétique. 62- BENEDIT

L'art engagé   :

Daniel Santoro, a créé un univers artistique basé sur l'iconographie Péroniste. Il théâtralise les événements politiques et sanctifie des figures telles qu'Eva Perón. Quant à l'artiste Nicolás Garcia Uriburu, il développe un art écologique défendant l'environnement. En 1985, il plante 50 000 arbres dans les rue de Buenos Aires.

63-64-68- SANTORO-URIBURU

CONCLUSION

2010 est donc l'année de notre bicentenaire. Ces 200 ans d'histoire ont construit un pays solide. La nation s'est fortifiée progressivement. L'Argentine a enfanté une grande quantité d'artistes. Et les artistes argentins ont su s'approprier les moyens d'expression les plus divers les uns que les autres. Les diverses techniques et maintenant, les nouvelles technologies pour faire vivre l'art sud américain, explorer ses barrières et toujours aller à la rencontre de nouveaux thèmes de recherche plastiques et numériques. Des premières lithographies, gravures, dessins, en passant par la peinture et la sculpture, la photographie, la vidéo, les performances ont su s'imposer comme de nouvelles formes artistiques contemporaines.

Cela nous montre bien la grande liberté d'expression dont dispose les artistes d'aujourd'hui, leur grand respect pour la production d'autrui. Cette grande diversité a placé et intégré l'Argentine et ses artistes dans le marché de l'Art à un niveau international.

Ainsi, n'oublions pas de citer les jeunes artistes argentins consacrés et reconnus en dehors de nos frontières. Comme Guillermo Kuitca, qui vient d'ailleurs de gagner la réalisation du rideau de scène du Théâtre Colon. Guillermo Kuitca et Jorge Macchi ont récemment représenté l'Argentine à la biennale de Venise. Il est important de mentionner également Pablo Siquier, Remo Bianchedi, Alfredo Prior, Juan Jose Cambre, Duilio Pierri, Marcia Svcharz, Juan Pablo Renzi, Eduardo Iglesias Brickles, Eduardo Stupia, Carolina Antoniadis, Luis Lindner, Carlos Masoch, Diana Dowek, Liliana Porter, Milo Locket, Eduardo Pla. On pourra citer encore parmi les photographes les figures de Sara Facio, Aldo Sessa, Adriana Lestido, Eduardo Gil, Facundo de Zuviria, Marcos Lopez et Marcos Zimmerman.

67- BRICKLES

Mon exposé arrive à sa fin. j'ai envie de mentionner avec honneur des artistes argentins qui ont aimé vivre à Paris, Jorge Demirjián, Ernesto Deira, Leopoldo Presas, Raul Russo, Carlos Torrallardona, Perez Celis, Romulo Maccio, Maria Simon entres-autres, ou qui vivent encore aujourd'hui à Paris comme Antonio Segui, Julio Le Parc, Luis Tomassello, Julio Silva, Roberto Plate, Haby Bonomo, Ruben Alterio, Mario Gurflein, Fernando Mazza, Cristina Guiñazú, Martin Reyna, Ricardo Mosner, Pablo Reynoso, Jack Vanarsky, Carmelo Carra, Marie Orensanz et tant d'autres.

Pour conclure, je voudrais vous montrer une sélection de mes travaux dans lesquels les couleurs de la patrie y sont toujours présentes. TRAVAUX

Je voudrais vous parler aussi de ma ville, Buenos Aires et de ses musées qui comptent de nombreuses nouveautés.

Actuellement, Buenos Aires a une offre de musées très importante, tant publique que privée. Le MALBA, consacré à l'art latino-américain où l'on peut admirer d'excellentes expositions internationales, le Musée National des Beaux Arts, le Centre Culturel Recoleta, le Centre Culturel Ricardo Rojas qui appartient à l'université de Buenos Aires, créé en 1984 avec le retour de la démocratie, le Musée National d'Art décoratif. La fondation Proa dans le quartier de la Boca qui appartient à une entreprise internationale qui l'a créée et la soutient, Techint et la fondation OSDE, où a été organisé une exposition en hommage à AIDA CARBALLO (1916-1985) l'an dernier. Le spectateur pouvait y voir toute la trajectoire de l'artiste, des dessins aux illustrations en passant par la céramique et la gravure. Aida Carballo est considérée comme la meilleure artiste ayant réalisé des gravures. Elle a été découverte par l'écrivain Manuel Mujica Lainez dans son rôle de critique d'art. Il ne faut pas oublier la fresque réalisée par Juan Batlle Planas dans le hall du Théâtre San Martin de la rue Corrientes. On peut aussi parler du Musée Fortabat situé à Puerto Madero qui renferme la collection de Madame Amalia Fortabat. Les œuvres phares sont un paysage de Turner et un portrait de cette dame fait par Andy Warhol lui-même. La banlieue de Buenos Aires, compte également un nouveau musée, le MAT, Museo de Arte de Tigre, situé dans cette même ville. Il faut aussi ajouter, qu'il y a des musées de très grande qualité dans la province, dans les villes de Cordoba et Rosario, également à Mendoza et à Salta dans le Nord du pays où l'on peut visiter le musée d'anthropologie de haute montagne et le Musée d'Art contemporain.

Buenos Aires compte également plusieurs galeries d'Art dont certaines se sont élevées à un rang international.

Sont présents aussi les centres culturels internationaux comme l'Institut Goethe, l'Alliance Française et le Centre Culturel d'Espagne.

Auparavant, tout avait lieu à Buenos Aires. Maintenant, le fédéralisme du pays a permis d'amplifier l'intérêt pour l'Art, l'Art des argentins et tous les autres.

Je voudrais vous montrer quelques images d'une future exposition encore en préparation qui va rassembler des artistes argentins contemporains.

Merci à tous pour votre attention,